La pyramide des besoins d’Abraham Maslow

 

Psychologue américain du début du XXème siècle, Abraham Maslow a travaillé sur les motivations des êtres humains qui naissent en grandes parties des besoins à satisfaire, qu’il hiérarchise en cinq niveaux.

C’est en 1970 qu’il expose de manière complète sa théorie de la motivation : la hiérarchie des besoins. (Merci Wikipédia).

Derrière chaque motivation, Maslow met au jour cinq besoins fondamentaux :

  • les besoins physiologiques : manger, boire, respirer, etc.
  • les besoins de sécurité : construire sa maison, prendre soin de soi et des autres, santé, stabilité…
  • les besoins d’appartenance : reconnaissance à un groupe, intimité, amitié, amour…
  • les besoins d’estime : confiance, estime, respect des autres et pour les autres…
  • et enfin, le besoin d’accomplissement de soi

C’est ensuite que Maslow proposera une hiérarchisation de ces besoins.

En d’autres termes, afin de passer à un besoin supérieur chacun devra satisfaire le besoin précédent.

 

Voilà pour la théorie.

Mon esprit un peu « contestataire » me pousse à questionner quelque peu cette dernière affirmation:

  • Est-il nécessaire de satisfaire tous les besoins avant de pouvoir « s’attaquer » à ceux du haut de la pyramide ?
  • En quoi est-ce que les besoins les plus bas dans la pyramide doivent-ils être satisfaits en priorité  avant ceux positionnés à l’étage supérieur ?

1. La Pyramide des besoins et l’entreprise

Satisfaire un besoin inférieur avant le besoin supérieur n’est pas systématique en termes de management.

Un employé ne peut-il pas vouloir avoir un grand besoin d’accomplissement avant le besoin d’appartenance au sein de l’entreprise ?

Cette hiérarchisation peut varier d’un individu à un autre, en fonction de son mode de vie, de sa culture et de ses motivations.

Ce qui me parait intéressant c’est qu’à un moment donné, ces besoins peuvent être simultanés voire contradictoires…

Et c’est peut-être dans cette zone de contradiction que le travail me paraît intéressant.

Prenons un exemple sur cette « contradiction »:

Lucas est directeur commercial pour une grande marque industrielle. Il a toujours eu un parcours linéaire : belles études qu’on peut qualifier de brillantes, un stage dans une entreprise prestigieuse, avant d’entrer dans son entreprise actuelle où celui-ci s’est épanoui jusqu’à aujourd’hui.

Lucas se sent engagé pour ses équipes et m’explique lors d’une séance de coaching qu’il se sent appartenir à un collectif et que « tout le monde est dans le même bateau », mais qu’il s’ennuie profondément…

« Je n’ai plus de perspective d’évolution, bien que je sois fidèle à mes équipes et à l’entreprise : je suis plutôt bien payé et bien que j’ai une certaine stabilité financière, il y a quelque chose de l’ordre de la lassitude dans mon travail, en plus des outils qui ne fonctionnent que de manière épisodique.

Et je ne sens aucun soutien dans mes décisions auprès de mon manager… il ne fait qu’appliquer des directives sans aucune écoute du terrain. Je devrais changer d’entreprise : mais voilà, l’équipe et le projet me retiennent de partir… »

Lucas

Directeur commercial

En reprenant la fameuse pyramide de Maslow, Lucas nous explique que certains besoins « primaires » semblent bien satisfaits (salaire), et que bien qu’il n’ait pas les conditions « acceptables » de travail (quelques uns des besoins primaires en bas de la pyramide), ce sont ses besoins supérieurs qui le « retiennent » dans l’entreprise… Je ne quitte pas mon entreprise même si je m’y ennuie parce que je suis fidèle à mes collègues et à l’environnement: et je suis même prêt à faire l’impasse sur du mauvais matériel pour travailler.

2. La pyramide des besoins et le créateur d’entreprise

 

Il me semble que le contre-exemple est d’autant plus vrai pour les créateurs d’entreprise, sans pour autant les « ranger » dans une même catégorie : chacun étant différent et tout être humain n’a pas nécessairement le même mode de hiérarchisation de ses besoins.

Reprenons l’idée de « besoins contradictoires ». Et appliquons-la à la suite de l’histoire de Lucas.

Lors de son accompagnement, nous travaillons avec Lucas sur ses motivations « profondes » et qu’à l’aube de ses 40 ans, celui-ci se donne (enfin) l’autorisation de revenir à ce qui l’anime à l’intérieur.

Sans entrer dans les détails de son Histoire, Lucas a finalement décidé de passer le cap de l’entreprenariat afin de développer un projet qui lui est très cher.

Pour revenir à Maslow et sa pyramide, et pour l’appliquer à la motivation de Lucas :

Celui-ci sait pertinemment qu’il va perdre en revenu et en stabilité (besoins primaires) mais ça ne l’empêche pas « d’y aller », parce que ça l’anime, ça le fait vibrer et qu’il touche du doigt un challenge personnel, son projet de vie (besoin d’accomplissement).

En d’autres termes, si Lucas avait dû attendre de satisfaire les tous premiers besoins de la pyramide de Maslow, se serait-il (enfin) lancé ?

Il est bien évident que la question reste très personnelle et l’idée ici est de pouvoir sous-peser le niveau de risque acceptable pour chacun…. Déjà en en prenant conscience.

3. Creuser ses « Besoins Contradictoires »

 

C’est souvent en creusant et en formalisant ses « besoins contradictoires » que la motivation se construit.

Qu’il s’agisse d’un emploi salarié ou (plus encore) pour un créateur / repreneur d’entreprise, formaliser ses motivations, les dessiner de manière claire et précise passe également par l’interrogation de notre zone d’ombre et par le risque de contradiction.

Un créateur d’entreprise se lance en grande partie pour suivre un rêve, pour devenir libre et autonome…. Quitte à perdre en rémunération ou en stabilité au départ.

Posez-vous la question :

  • Qu’est-ce qui me motive ?
  • Qu’est-ce que je suis prêt (e) à lâcher pour y arriver ?
  • Et si je répond à ce besoin, ce sera (peut-être, ou pas) au détriment de quel autre besoin ?
  • Et suis-je prêt à l’accepter ?…

C’est tout le travail du coaching : mettre en face de ces contradictions, pour en prendre conscience, et avancer.

Et Maslow l’avait quand même bien compris puisqu’à la fin de sa vie, celui-ci a rajouté un dernier niveau (ultime) à sa pyramide : le besoin de « transcendance de soi », ou comment par l’expérience et la confrontation au monde (nature, expérience, mystique, etc.) on arrive à se transcender et à accéder à son identité profonde.

Charge ensuite à chacun de la creuser… ou pas.

Nada Assaf